mercredi 16 mai 2007

257 - Confessions d'un pécheur à son curé

Monsieur le curé,

Vous l'avouerais-je ? Ma chair vit sous l'empire de feux sacrilèges.

Que le Ciel me pardonne car souventes fois je m'adonne aux forfaits de la chair. D'ignoble façon je fais se répandre hors de mes flancs l'onde sacrée. J'assiste avec rage et vif contentement à la perte de mes blanches humeurs. Il est vrai que le crime ne serait pas bien grand si je me bornais à cette seule licence. Mais sans cesse j'use, dans le dessein de me mieux noyer dans la coupe des plaisirs, des moyens infâmes inspirés par mon imagination libidineuse la plus éhontée... C'est que, non content de succomber à l'appel du Diable, je demande systématiquement la collaboration de tierces personnes pour servir ma cause abjecte.

Votre jeune servante pourrait témoigner de la chose mieux que par cette honteuse confession. Les marques de mes déviances, à travers son hymen déchiré, pourraient attester, s'il me fallait vous avouer ce crime par un tableau cru pour mieux en rougir sous vos yeux, de la faiblesse de mon âme dans le combat qu'elle mène pour son salut.

Pour ma décharge, Dieu ne savait-il donc pas ce qu'il faisait en me dotant d'un joli organe ? En troussant votre servante, Monsieur le curé j'ai péché une fois par jour depuis qu'elle est à votre service.

Est-ce donc si grand crime que de vouloir loger en lieu choisi l'objet de tant de fièvre ? Difficile de résister à l'appel impie des sens. Mâle faiblesse que Dieu devra me pardonner... Toutefois j'aspire sincèrement à la paix de ma chair mon Père, à la vertu, à la pureté, comme vous me l'avez si bien enseigné.

Cependant il y a contradiction entre les aspirations impures de mon corps de garçon et celles, plus nettes, de mon âme. Mais je vous rassure tout de suite mon Père, lorsque je m'abandonne aux mollesses d'une sensualité mal contenue, je ne le fais jamais par conviction. Uniquement par faiblesse. Le vice n'est vice que quand il est désiré, volontaire, cultivé. Il en est de même de la vertu. Un comportement vertueux ne l'est que quand il est choisi délibérément.

Bref, je suis tiraillé entre deux feux. Combat inégal entre la tyranique nature et le Ciel abstrait, entre la force vive de la Terre et l'humaine vertu, entre chair et esprit... Seul, confronté aux tourments de la chair en éveil, je me retrouve livré à tous mes démons. Et l'un de ces méchants anges de l'enfer me tente parfois, et bientôt je succombe à ses appels obscènes. De temps à autre je m'en vais explorer l'ombre et la fange en quête de vils émois en compagnie de votre innocente bonne, pendant que vous faites du vélo. Ainsi voilà l'Homme si grand, face à sa misère.

Comment me soustraire au cloaque de mes vices ? Purifiez-moi par l'effet de votre miséricorde, je ne vois plus que cette solution...

Je vous ai ouvert mon âme, soyez-en digne. Ne me faites pas rougir davantage. J'ai voulu me montrer en vérité devant vous. Je me suis dévoilé sans fard ni mensonge, allant jusqu'à compromettre votre pauvre servante pour mieux m'humilier devant vous.

Avouons les faits sans détours...

Las ! Ce matin encore, à l'heure où certaines bonnes âmes songeaient à moi de la manière la plus pure, la plus chaste qui soit, cédant à mes viles passions je me suis vautré dans d'infâmes ébats charnels en compagnie de votre fidèle servante. J'ai, une fois de plus, délicieusement malmené le séant délectable de votre bonne. Faillible elle aussi, soulignons-le en passant. Je me suis corrompu sous l'effet de mes sens qui s'enflammaient. J'ai usé des moyens les plus condamnables, puisé dans les ressources de mon imagination la plus impure pour me mieux damner sous les spasmes libérateurs de la volupté. Une fois l'incendie éteint, je regrette, rougis, me dis que je ne recommencerai pas... Et puis dès que le démon de la luxure revient mettre le feu à ma chair, je m'en vais aussitôt et sans fléchir culbuter le derrière de votre bonne.

Par naturel tempérament, et non par recherche du vice, j'avoue être un authentique disciple de Monsieur de Casanova, la souveraine Nature ayant versé un peu de soufre dans mon sang... Pardonnez-moi mon Père, car je me suis livré aux exploits scandaleux dont cet italien dépravé s'est fait le célèbre apôtre, lesquels font perdre la tête aux êtres assez faibles pour s'y adonner mais assez esthètes pour en tirer honteuse jouissance. Il faut dire que votre servante m'a peu incité à refroidir mes ardeurs à l'endroit de son panache. Je vous ai fait ici la confession de mes coupables appétits. Tous assouvis. Ce sera le principal péché qu'il vous faudra me pardonner.

Merci mon Père de ne pas faire si grand cas de mes écarts. Je vous demanderai en outre de prendre charitablement sous votre coupe le fruit amer de mes égarements : c'est que votre bonne a eu la mauvaise idée de devenir grosse. Je l'ai constaté ce matin en la troussant pour la dernière fois.

Je ne doute pas que dans son infinie mansuétude l'Eglise saura faire de cette graine du péché qui viendra bientôt au monde un honnête chrétien qui ne ressemblera pas à son père. Ou une digne enfant de couvent qui n'imitera pas sa mère. Vous n'aurez qu'à reconnaître l'intrus devant Monsieur le maire, et sa petite âme sera à vous. Faites donc sonner trompette tout votre soûl et sans vous cacher mon Père : votre servante sera officiellement votre femelle propriété par l'intercession de Monsieur le Maire qui vous attribuera la paternité du fruit des entrailles de cette pécheresse.

Adieu mon Père, je pars pour les lointaines Amériques.

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