mardi 15 mai 2007

69 - Torpeur cadavérique

Je n'entendrai point sonner le glas. Et avec raison : c'est pour moi qu'il résonnera dans la campagne affligée, par une triste journée de pluie. Vous serez là, recueillie auprès de ma dépouille déposée dans l'humble chapelle. Un cierge brûlera à ma droite. L'odeur d'encens embaumera les lieux. Vos larmes se répandront au bord du linceul tandis que la fumée s'élèvera dans la fraîcheur de l'édifice. Le silence sera la musique mortuaire de ce deuil et votre chagrin, infini mais pudique, sera l'hymne que vous me dédierez.

Ma carcasse étendue narguera votre inutile amour. Ce feu impuissant à me réveiller. Ma face émaciée par le masque étrangement serein de la Camarde interrogera les fresques décrépites et sans valeur du plafond de l'église. Vous serez là, questionnant en vain cette forme glacée, pétrifiée. Vous me prendrez la main, et vous étonnerez qu'elle soit froide dans votre main chaude. Elle restera insensible à votre étreinte, si peu accoutumée que vous serez à l'idée de la mort, de MA mort...

Oui, ce sera mon macchabée, mon cadavre, mes restes. Je serai là, gisant. Sans plainte ni révolte, ignorant désirs, peur, haine...

Et tendresse.

Vous chercherez à comprendre, mais qu'y aura-t-il d'autre à voir que le fait de ma fin ? Je serai effectivement éteint, bel et bien trépassé. Aussi pauvre que les pierres, les tombes et les ruines. Vous pourrez pleurer, prier, défier le Ciel et tous ses anges, rien n'y pourra faire : mon corps s'en ira en poussière et plus personne ne le verra. Il sera déjà sur le chemin d'un irréversible anéantissement.

En signe d'adieu, vous passerez vos doigts contre mon front de marbre. Il demeurera impassible, indifférent à votre caresse. Muet. Je serai refroidi. Exempt de joie. Privé de souffle. Le coeur déchargé de lumière. Ma chair rigidifiée en sera la preuve. Je serai dans le même état que les statues de plâtre peintes de ce modeste clocher. Inerte comme un objet, comme un caillou, comme du sable anonyme. Dépourvu de vie, de nom, de chaleur.

Vers le soir la bougie continuera à brûler calmement dans le temple devenu sombre. Dehors l'onde de mars, sinistre, lente, lancinante, tombera d'un ciel plombé. Nul ne s'attardera dans les rues en ce jour de sanglots, en cette saison sépulcrale. Vous serez seule dans l'ombre avec cette chose vidée de sa sève. Parfois le flambeau jettera de pâles lueurs contre mon visage endormi, et ces reflets de flamme lui donneront l'illusion d'être encore vivant.

Vous vous attarderez un peu sur ces éclairs dérisoires, cherchant un réconfort, un signe, un sens, une explication. Mais la chandelle continuera à brûler en vain et son humble clarté, dénuée de sens, glissera sur mon profil avant d'aller s'accrocher ailleurs.

Vous finirez par admettre que je suis réellement parti. Vous sortirez de cet endroit funèbre, un cercueil dans l'âme. Vous vous retrouverez abandonnée dehors sous une giboulée maussade. Et je ne serai plus là pour vous aimer. Ni dans le présent, ni dans le futur. Je serai loin de vous. Absent pour toujours. Et vous serez perdue. Et vous me chercherez. Et vous ne me trouverez pas. Ni ici, ni ailleurs. Parce que je serai décédé. Défunt. Disparu. Définitivement. Irrévocablement. A tout jamais.

VOIR LES DEUX VIDEOS :

https://rutube.ru/video/c5a241277a841ebbe6f0bb08e7426094/

http://www.dailymotion.com/video/x4a2erv_torpeur-cadaverique-par-raphael-zacharie-de-izarra_travel

http://www.dailymotion.com/video/x4a41hb

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