mercredi 16 mai 2007

316 - Une femme pieuse

Lourdes ! La Mecque de la ménagère éprise d'absolu, le pèlerinage obligé du pratiquant du dimanche, la passion estivale du croyant de province.

Je guettais d'un oeil canaille et amusé la pèlerine qui pût m'offrir le spectacle cocasse et affligeant de la piété la plus sirupeuse, me délectant déjà à la simple idée de contempler l'incarnation la plus achevée de la bigoterie.

Je n'eus pas à chercher longtemps. A quelques pas de la grotte je remarquai une jeune femme qui venait de tomber agenouillée. Son air pénétré m'attira tout de suite. Elle était vêtue assez simplement, quoique d'un goût un peu vulgaire. Sa toilette excessive laissait soupçonner quelque moeurs douteuse, sans que cela parût infâme toutefois. Une femme ordinaire du moyen peuple sans doute. Une simple et brave employée de l'administration, sans grand intérêt : femme de ménage, travailleuse manuelle... A moins que ce ne fût, plus banalement encore, une ouvrière d'usine.

Je m'approchai de la dévote pour mieux voir, et peut-être entendre. Entre ses doigts elle triturait nerveusement un chapelet, tandis qu'autour de son cou se balançait une Vierge multicolore en plastique, du plus pur style "lourdesien".

Je commençai à ricaner lorsque je vis une larme luire sur sa joue fardée. D'abord perplexe devant un tel exemple de femelle sottise, l'air dubitatif face à tant d'indigence de l'esprit, à tant d'inepties prosternées, je me surpris à m'émouvoir sincèrement par les pleurs de l'agenouillée.

Dans un mouvement soudain et fort peu raisonné qui rétrospectivement m'étonne encore, je m'enquis auprès de l'éplorée de la raison de son chagrin. Elle me répondit très simplement qu'elle ressentait juste une gêne oculaire.

En fait je constatai que son fard à paupières en fondant au soleil lui avait coulé dans l'oeil, provoquant une réaction mécanique de la glande lacrymale. Elle s'était agenouillée aussitôt pour mieux faire face à l'incident comme on s'assoit sur une chaise lors d'une subite lassitude, maniant avec nervosité entre ses doigts quelque collier de perles sous le coup de l'irritation provoquée. Quant à la Vierge aux coloris criards aperçue autour de son cou, ça n'était en fait qu'une clé électronique d'ouverture à distance d'automobile...

Je laissai là ma bigote imaginaire, méditant plus que jamais sur la dictature des apparences et l'ampleur de ma propre bêtise qui en la ville de Lourdes m'avait fait voir des choses à mille lieues de la réalité.

VOIR LA VIDEO :

http://www.dailymotion.com/video/x2gmy73_une-femme-pieuse-raphael-zacharie-de-izarra_school

https://rutube.ru/video/3e5d485ddfae47b5c6af2298113ab7b5/

1 commentaire:

Liliana Dumitru a dit…

Affligeant et drôle en même temps.
Oui, c’était le fard la cause de ses larmes et non pas une émotion sincère, mais elle était quand même agenouillée, ce qui prouve qu'elle était déjà sur la bonne voie pour devenir une VRAIE bigote, collectionneuse de statues des Vierges.Peut-être plus que ça, un jour... C'est un personnage double, ou on eut voir la chute ou le début de l’élévation. Je préféré de voir l’espoir des hauteurs: le premier rayon d'une vue pure allégée du fard qui commence a couler, ou qui sait? un grand émotion mysthique qui se cache ( parce qu'il n'y avait pas du chagrin, au fait) en invoquant l'excuse grotesque du fard qui coulait....
Liliana