mercredi 16 mai 2007

326 - Une âme vagabonde

La pierre qui craque sous le gel, les fleurs couleur de foin, les pelages hérissés, les bouquets d'épines, les croassements lugubres, les silhouettes nocturnes ont toujours eu ma préférence. Les femmes n'ont jamais été aussi belles que lorsqu'elles ont été laides. Le cri du corbeau est mon carillon. Les hurlements de la tempête font naître en moi un frisson délicieux. La brume glace mon cou, la pluie cingle ma tête, le vent gifle ma face : les plus tendres baisers que je connaisse.

Les chants amers sont doux à mon coeur, pareils à la bière âcre qui râpe la gorge. Et étourdit.

J'appartiens aux légendes sans nom. Je suis le cours des temps oubliés. J'aime les vertus révolues, les feux de misère, les ors de l'automne, les nuits peuplées de chimères. Je bois les vins épais des grands âges, me voue aux lueurs de la Lune, cours les vergers sauvages, croque les pommes aigres, m'endors dans des lits de friches et de paille, capturant dans mes rêves les étoiles filantes en pleine volée.

Mes frères, mes semblables, vous mes ennemis, laissez-moi en paix avec mes chers fantômes. Ils sont plus vivants que vous ne le serez jamais. Quant à vous femmes sans mystère, vos yeux trop aimables, votre coeur trop sensible, vos robes trop blanches, vos mots doux sont des mets sans saveur. Et vos bontés artificielles, des faux bijoux. Vos molles alcôves et tièdes breuvages m'ennuient.

L'embrun est mon domaine, le désert mon asile, l'ombre mon salut. Solitaire, je reprends mes chemins pierreux, le pas léger.

5 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

Je passe le plus clair de mon temps sur la rose des vents. Les yeux toujours au nord, cela va de soi.
Fille de la Mémoire mais aussi du Septentrion de l'Atlas, j'ai été bercée par les tempêtes.
J'aime le vent. Parce qu'il est incapturable. Et que quand on aime, on ne veut pas capturer.
Je n'ai pas les attributs de mes sœurs de l'Olympe. Droite au cœur de la fleur, je ne possède qu'un modeste filet entre les mailles duquel je laisse passer le souffle de Psyché. L'âme du Zéphir.

Lorsqu'il est Furie, plus déchiré que la côte qu'il saccage, il lui arrive de me gifler, de me faire courber l'échine, de me glacer le sang.

Mais parfois il s'arrête le temps d'une respiration. Toujours quand je ne m'y attends pas. Quand je ne l'attends plus.
Quand il me fait la grâce de s'oublier un instant. De poser le déluge qui le transporte. Alors, il siffle sous ma fenêtre et me chante sa complainte lancinante. De mémoire, il fait tourner les pages du livre en accéléré. Il change de direction et revient sur un fait. Il me redresse quand je vois bien qu'il pense que je pourrai tomber. Il fait la ronde autour de moi pour me rappeler qu'il peut être de tous les points cardinaux et me faire et tenir et vouloir et craquer et chanter.
Parce qu'il ne s'autorise pas ce qu'il mériterait, cela ne dure que le temps d'une respiration. D'une illusion peut- être.
Alors, les mains écorchées par le dérisoire filet, dangereusement en équilibre sur la rose des vents, ployant mais ne rompant jamais, j'en avale une telle bouffée que j'en ai le souffle coupé.

filledemnemosyne a dit…

Parce que c'est ça l'Amour...Respirer avec les poumons de l'autre.

filledemnemosyne a dit…

Le voyage du vagabond, le terme de ce voyage qu'il n'atteindra jamais...ce sont les plages de son enfance.
Ses pieds écorchés tentent de l'y entrainer mais déjà le temps le pousse et l'entraine de l'autre côté.
Parfois, au fond d'une bouteille, il en voit la furtive lumière.
Mais il sait que ce n'est que dans l'ombre qu'il y parviendra.
Loin de la pollution lumineuse.
Loin. Plus loin.
Au bout du monde.

http://www.youtube.com/watch?v=HAClTqMh-94

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filledemnemosyne a dit…

Tous pour et exclusivement pour MAXIME

Grandgousier a dit…

L'avantage du bout du Monde, c'est qu'il suffit de se retourner pour que ça en devienne le début.
Merci encore.