jeudi 17 mai 2007

439 - Miracle dominical

A la messe du dimanche matin il se passe de temps à autre des petits miracles : sous les voûtes d'une cathédrale prestigieuse ou d'une humble église de campagne la grâce peut soudainement descendre, faire frémir les statues, briser la pierre des coeurs.

Face aux fidèles un visage apparaît, au regard plein de pureté. Celui d'un enfant ou d'une jeune fille. Silhouette diaphane sous la lumière des vitraux... Alors les lèvres se tendent, une voix fluette s'élève, fervente. Et sème au vent de l'esprit une prière qui emplit tout l'espace, fait oublier et le passé et les jours à venir. Et une minute durant abolit même l'épouvante de la mort, fait désirer les sommets de l'autre monde.

Là, le Ciel brouille ma vue, éclaircit mon esprit.

Ce chant en solo m'émerveille, me trouble, me bouleverse, entraîne mon âme dans les hauteurs rares de ses savants aigus. Le visage de l'interprète au timbre cristallin devient radieux sous l'effet de la pieuse harmonie. Une parcelle d'éternité passe à travers la gorge frêle.

3 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

Même si c'est moins flagrant de nos jours, la variété n'offrant guère de changements significatifs de générations en générations, à l'âge dit bête, on passe son temps à se moquer des goûts musicaux des parents.

C'était vrai surtout à l'époque de mon “âge bête”, tant le décalage était grand entre les succès des années d'avant guerre et ceux de l'après 68.

Mon père, bien qu'il appréciait ce qu'il appelait la “Grande Musique”, surtout quand elle faisait naitre en lui quelques signes d' émotions visibles
( et qu'il m'a léguées en héritage),
avait également , en matière de variété, une inclination pour le “Tino” de sa jeunesse.

Tandis que nous ricanions stupidement mes sœurs et moi en entendant la voix nasillarde des microsillons, nous augmentions pour le taquiner le son de notre tourne-disque d'où s'élevaient les onomatopées des vedettes à la mode et en “patte d'éph”.

Avant peu, on ne les entendra plus vos chanteurs dont on ne comprend pas les paroles, hurlait notre père. Tandis que Tino, son succès dure depuis près d'un demi-siècle et ce n'est pas fini !

A force de l' entendre, mon cerveau imprimait involontairement les textes.

N'empêche que quand il est mort, Tino, cela m'a fait quelque chose. Comme une porte laissée entre ouverte et que l'on referme à regrets.
Plus tard, après le décès de mon père, je me suis surprise à écouter le chanteur corse de temps à autre, avec émotion. En particulier certains titres.

Cette chanson qui évoque le mimosa, la dernière que papa alors hospitalisé m' ait fredonnée, celle-ci surtout parce que c'est la dernière qu'il m'a fredonnée et une autre dont le texte me plait et que j'aime chanter de temps à autres aux résidents le soir pour les faire patienter à table avant l'arrivée du repas.

Je me demande d'ailleurs bien pourquoi cette chanson là !!!

Or, ce dernier week-end pendant lequel j'étais de service, j'ai éprouvé un grand plaisir.

A la table “des femmes”, trois résidentes qui ont parfois du mal à différencier une cuillère d'une fourchette, une assiette pleine d'une assiette vide et qui ne se souviennent plus de leur âge, ont entonné cette chanson.

Ce n'est pas tant le fait qu'elles se soient remémoré les paroles, elles les connaissent comme moi , celles ci faisant partie de leur mémoire ancienne moins atteinte par la maladie ; mais ce qui m'a touché, c'est le fait qu'elles se soient mises spontanément à chanter une fois assise à leur place, et... à chanter celle-là...ce qui est assez extraordinaire puisque reproduire seules et sans stimulation cet acte qui fait partie de leur mémoire récente est une petite victoire !

“A l'âge bête”, je ne m'imaginais pas que cet air dont je me moquais ainsi malicieusement me procurerai quelques dizaines d'années plus tard une telle satisfaction !

filledemnemosyne a dit…

Tant qu'il y aura des étoiles


On est des clochards on n'a pas d'abri
On vit dans les rues sans fin
On a l'ventre vide et le cœur meurtri
Et l'on crève de froid et de faim
Mais nous avons nos richesses malgré tout
Le vent du soir le printemps si doux
Tout ça c'est à nous.


Tant qu'il y aura des étoiles
Sous la voûte des cieux
Y'aura dans la nuit sans voile
Du bonheur pour les gueux
Nous les gars sans fortune
Nous avons nos trésors
Seul un rayon de lune
Vaut le plus beau décor
Ici à la belle étoile
On s'ra toujours heureux
Tant qu'il y aura des étoiles
Sous la voûte des cieux.

Y'a pas de tapis en dessous des ponts
Ni de ciel de lit en soie
Mais il y a de l'air je vous en réponds
Et puis l'on s'y trouve chez soi
On est bercé par la chanson du vent
On n'a pas chaud mais on fait pourtant
Des rêves enivrants.

filledemnemosyne a dit…

Pour mon père. Et aussi pour le titre pour la même raison que l'Aleph !