vendredi 18 mai 2007

482 - Hasards gratuits et faits anonymes amusants ou émouvants

Dans une rue du Mans l'autre jour je ramasse une feuille manuscrite gisant sur le bord du trottoir. Naturelle et insatiable curiosité de l'auteur de ces lignes pour tout ce qui tient de l'écrit personnel...

En effet, j'ai toujours aimé lire ces correspondances privées ou petits mots envolés, jetés ou oubliés qui traînent parfois dans le caniveau ou entre les pages des vieux livres. Cela peut aller de la simple liste de commissions jetée sur la voie publique (je m'amuse souvent à établir les portraits psychologiques d'inconnus d'après les produits figurant sur leur liste de courses) au mot d'amour déchiré (dont je recolle les morceaux épars) que je soustrais à une poubelle en passant par la banale carte de voeux servant de marque-page trouvée dans un livre de la bibliothèque municipale. Ma curiosité à ce sujet est inextinguible. J'aime faire ce genre de brève incursion dans les vies anonymes. Ces témoignages ou tranches de vies laissés sur ces bouts de papier me font parfois rêver, sourire, voire me laissent perplexe... Il y a parfois des trésors humbles et émouvants à découvrir au fond des corbeilles à papier ou dans les marges de certains vieux livres. Bref, récemment je ramasse donc comme à mon habitude une feuille manuscrite traînant dans la rue.

C'est une ordonnance de médecin. Le papier est jauni. Ce qui frappe au premier abord, c'est le numéro de téléphone à quatre chiffres sur l'en-tête. Ce document remonte donc aux années soixante. Le mot est d'ailleurs daté du 19 septembre 59. L'entête est ainsi libellée :

Docteur Pierre DELINOTTE
Chirurgien des hôpitaux
3, rue Delaizement
PARIS (XVII°)
Tél. Étoile 07.11


Je lis :

"Mon cher ami,

Je crois que le mieux pour la jeune (illisible) serait qu'elle m'écrive pour prendre un rendez-vous. Sauf dans la première semaine d'octobre car je suis pris par le Congrès. Je peux la revoir quand elle veut. Pour ce qui concerne (illisible) je l'ai réglé, car je demeure persuadé que (nom illisible) a très certainement exagéré.

J'ai peur qu'il y ait un procès mais le fera-t-il ? Monsieur Binet était de mon avis lors de la dernière réunion commune, mais il paraît qu'il aurait changé ! ? Qu'en sait-on ?

A bientôt j'espère, à la chasse, et amitiés à vous (signature illisible)."


A la lecture de cette lettre j'imagine avec amusement le chirurgien faire de bourgeoises parties de chasse le dimanche dans le parc d'un château en compagnie de ses amis avocats, notaires et autres grosses pointures de la bonne société parisienne. Bref, le cliché traditionnel.

Je mets la lettre dans ma poche dans l'intention d'en savoir un peu plus sur ce Docteur au nom si cocasse, grâce aux possibilités insoupçonnées qu'offre ce merveilleux joujou qu'est Internet, histoire de satisfaire plus en profondeur ma curiosité.

Ce matin je commence donc mes recherches sur ce curieux Docteur Pierre DELINOTTE, et voici ce que j'apprends sur un site de généalogie :

Le Docteur Pierre DELINOTTE, médecin chirurgien, est né en 1906 et est décédé en 1964 à Ouzouer-sur-Treze en Sologne. Une petite note précise, qui donne tout son sel à cette histoire :

"Accident de chasse".


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